terça-feira, 2 de dezembro de 2008

Economie de marché ou capitalisme des oligopoles? (4/4)

La nouvelle ploutocratie née de la mondialisation
Samir Amin


Certes les monopoles ont toujours existé, dès l’origine à l’époque mercantiliste (les Compagnies à Charte), au XIXe siècle dominé par l’industrialisation disséminée (dans les finances – les «200 familles» en France), à partir de la fin de ce siècle avec l’émergence des «monopoles» (Hobson, Hilferding, Lénine). Mais quel qu’ait été l’importance décisive de leur intervention dans le champ économique pour l’évolution globale du système – et elle l’a toujours été – le capitalisme dans son ensemble, organisé dans la forme de millions de moyennes entreprises industrielles et commerciales et de paysans – agriculteurs riches, était régulé par une multitude de marchés (qui sans être «purs et parfaits» n’en étaient pas moins des marchés concurrentiels réels) qui échappaient largement aux interventions des monopoles, lesquels opéraient dans des domaines réservés (le grand commerce mercantiliste, le financement de l’Etat, le commerce international des produits de base, les prêts internationaux, plus tardivement quelques grandes branches de la production industrielle de masse et du nouveau grand commerce, la banque et les assurances). Ces domaine réservés étaient largement nationaux, en dépit de leurs prolongements hors des frontières. Cette situation donnait aux politiques d’Etat une efficacité réelle dans la gestion de l’ensemble économique.

Une poignée de groupes pour dominer le système
Le capitalisme aujourd’hui est tout autre chose. Une poignée d’oligopoles occupent seuls toutes les hauteurs dominantes de la gestion économique nationale et mondiale. Il ne s’agit pas d’oligopoles strictement financiers mais de «groupes» au sein desquels les activités de production de l’industrie, de l’agro-business, du commerce, des services et évidemment les activités financières (dominantes au sens que le système est dans son ensemble «financiarisé», c’est à dire dominé par les logiques financières) sont étroitement associées. Il s’agit d’une «poignée» de groupes : une trentaine gigantesques, un millier d’autres, guère plus. Dans ce sens on peut parler de «ploutocratie», même si ce terme peut inquiéter ceux qui se souviennent de son usage abusif par les démagogues du fascisme.
Cette ploutocratie de groupes domine la mondialisation en place, qu’elle a d’ailleurs elle même véritablement façonnée (pour ne pas dire «fabriquée») en fonction de ses seuls stricts intérêts. Elle a substitué à l’ancienne «division internationale (inégale) du travail», fondée sur les prétendus «avantages comparatifs» (objet des réflexions théoriques à la Ricardo) – en fait, dans mon analyse, produite par le contraste centres/périphéries – une «géographie économique», c’est à dire une intégration des «territoires» dans leur stratégies propres (pour reprendre l’expression convaincante de Charles Michalet). Cette géographie, qui est le produit de ces stratégies des groupes en question et non une «donnée» extérieure à celle-ci, façonne à son tour ce qui apparaît comme «commerce international» mais devient en réalité et dans des proportions grandissantes des transferts internes aux groupes considérés. Les délocalisations, dans leurs formes diverses analysées à la perfection par C. A. Michalet (La mondialisation, la grande rupture, La Découverte 2007), constituent le moyen de ce façonnement du monde.
Cette même ploutocratie commande seule les marchés financiers mondialisés, détermine le taux de l’intérêt qui lui permet d’opérer à son profit un prélèvement massif sur la plus value produite par le travail social, comme – largement – les taux de change qui lui conviennent (référence à F. Morin dont se sont inspirés les développement précédents).

Les entreprises «moyennes» contraintes de s'ajuster
Dans ce cadre, les millions d’entreprises privées dites «moyennes» (et même beaucoup de «grandes») et d’agriculteurs capitalistes ne bénéficient plus d’autonomie réelle dans leurs décisions. Ils sont simplement contraints de s'ajuster en permanence aux stratégies déployées par la ploutocratie. Cette situation est nouvelle, qualitativement différente de celle qui a caractérisé le capitalisme historique dans les phases antérieures de son développement. Le marché invoqué par les économistes conventionnels, n’existe plus. Il est une farce véritable.
Cette analyse n'est pas seulement la mienne, elle est largement partagée par tous les analystes critiques qui refusent de s'aligner sur le discours de l'économie conventionnelle, dominante. La question qui à mon avis mérite d’être placée au centre de notre discussion est de savoir si cette transformation est «définitive» ou au contraire «non viable». La réponse à cette question nous départage certainement.

Certains – beaucoup ? – considèrent que la transformation est définitive, même si elle ne «plaît pas». On ne peut alors que s’y ajuster, au mieux en infléchir le mouvement pour donner leur place à quelques considérations sociales, mais guère plus. Il faut accepter la dominance des stratégies des groupes concernés, le dépérissement des États. C’est l’option – en gros – des sociaux démocrates devenus sociaux libéraux. Quelques uns même y voient une transformation «positive» qui, par elle même, prépare un avenir meilleur. Qu’on dise alors que le capitalisme constitue un horizon indépassable (conception qui sous tend l’option sociale libérale) ou qu’il se dépassera par son propre mouvement (on reconnaîtra ici Negri) revient au même : il n’y a pas lieu d’agir contre la transformation en question. Adieu socialisme, une utopie du XIXe siècle dépassée. Adieu marxisme.
Mon analyse se sépare de celles-ci. La transformation en cours témoigne du caractère obsolète («sénile») auquel le capitalisme est parvenu. Non pas seulement parce qu’il est devenu l’ennemi de l’humanité entière (et doit donc être dépassé par l’action politique consciente, si l’on veut éviter le pire), mais aussi parce que cette transformation n’est pas viable. Elle ne l’est pas, dans ce sens particulier que les régulations imposées par la ploutocratie des groupes ne réduisent pas le «risque» d’effondrement financier, mais au contraire l’aggravent. Elle ne l’est pas dans le sens plus général et politique que cette régulation est insupportable, socialement pour les classes travailleuses de toutes les régions du monde, politiquement pour les peuples, nations et États de la périphérie (en particulier des pays dits «émergents»). Le retour de l’Etat et l’affirmation de son rôle ne doivent pas être exclus.

Le capitalisme, ennemi de la démocratie
Le paradoxe majeur, pour moi, est que des opinions qui se pensent sincèrement démocratiques ne voient pas la contradiction flagrante entre la gestion du monde par la ploutocratie en place et les principes fondamentaux de la démocratie. En fait le nouveau capitalisme ploutocratique des oligopoles financiarisés est l’ennemi de la démocratie, fut-elle bourgeoise, qu’elle vide de tout contenu. Cette déconstruction de la démocratie bourgeoise, en cours, est poursuivie d’une manière tout à fait systématique par la classe politique dirigeante. En particulier en Europe dont le «projet» a été pensé à cette fin par ses fondateurs, Monnet en premier. Le discours sur «l’individu devenu sujet de l’histoire» n’est là que pour jeter de la poudre aux yeux et légitimer la pratique anti démocratique. Par ailleurs il devrait paraître évident que les structures gérées par les groupes appropriés par la ploutocratie constituent des «biens collectifs», c’est à dire qu’ils devraient être «la propriété de la nation», gérés par elle. En lieu et place nos démocrates se rallient à leur gestion privée. Respect de la sacro sainte propriété ? Illusion que la gestion de ces structures pourrait être assumée par le collectif des petits actionnaires ? Conviction de l’efficacité supérieure de la gestion privée et du destin fatalement bureaucratique de celle de l’Etat ? La réalité devrait ouvrir les yeux de ces démocrates naïfs. L’éloge des grands innovateurs (Rockfeller hier, Bill Gates aujourd’hui) peut-il faire oublier que la majorité des ploutocrates sont des héritiers, dont on voit mal pour quelles raisons ils devraient disposer de pouvoirs aussi puissants, qu’il existe une «bureaucratie privée» qui n’est pas nécessairement moins sclérosée que celle de l’Etat, que l’Etat a eu également ses grands innovateurs (Colbert hier, les ingénieurs qui ont placé la SNCF publique à l’avant garde des chemins de fer dans le monde entier).
Les démocrates devraient donc finir par comprendre que le degré de centralisation du capital des temps contemporains appelle sa socialisation. Que les formules de celles-ci, associant les travailleurs à la collectivité nationale dans cette gestion, restent à inventer, soit. Que cette socialisation «hors marché» (par la démocratie) n’exclut pas (pour encore longtemps) l’initiative et la propriété pour des millions de petits et moyennes entreprises soit encore. Au demeurant la socialisation des hauteurs dominantes créerait les conditions d’un marché véritable pour ces PME en question. De surcroît les formules de leur gestion devraient être imaginées diverses : la propriété privée, mais aussi les coopératives de travailleurs ( Lip en France en avait démontré l’efficacité, et son «échec» a été l’assassinat voulu et planifié par l’Etat de ce modèle «dangereux»), amorçant ainsi l’émergence d’éléments de socialisation au delà du marché.
L’obstacle à cet avenir possible et nécessaire est tout entier situé dans la culture politique dominante, en voie d’américanisation en Europe. Les analyses critiques de cette dérive de l’idéologie et de la politique ne manquent pas, qui ont placé l’accent sur les facettes nombreuses de cette dégradation, laquelle, à son tour, prépare un «autre monde», plus mauvais encore que celui que nous connaissons. Negri ignore ces analyses. Son «optimisme» de commande pour justifier l’inaction l’exige.
Parce que dans la multiplicité des conflits que la poursuite de la dictature du capital financier en place ceux qui opposent les peuples et les États du Sud à la logique de la gestion ploutocratique mondialisée sont appelées s’aggraver à une allure rapide – dans le futur visible – sans doute plus que celles qui opposent les peuples des centres de la triade impérialiste à leurs gouvernants, j’imagine que les ruptures premières s’amorceront à partir du Sud. Dans des formes diverses, comme on le voit déjà percer en Amérique latine d’une part, en Asie de l’Est d’autre part.
Cette dernière observation n’est pas celle d’un «tiers mondiste», mais d’un internationaliste qui appelle à la solidarité de tous les travailleurs de la Planète. Plus celle-ci pourra aller de l’avant, meilleures seront les chances offertes à des avancées révolutionnaires dans le Sud et dans le Nord.


*Samir Amin - economista egípcio, presidente do World Forum for Alternatives.
Publicado no Marianne 2, a 2 de Setembro de 2008

Économie de marché ou capitalisme des oligopoles? (3/4)

La «financiarisation» de l’économie mondiale est-elle «viable» ?
Samir Amin


F. Morin démontre que cet avantage prétendu est largement illusoire. Certes la haute finance a inventé des moyens qui permettent aux opérateurs sur les marchés financiers de se protéger individuellement de beaucoup des risques en question. L’invention des «dérivés» dont les techniques nombreuses et complexes ne sont guère connues et maîtrisées que par ces opérateurs, répondait à ce besoin. Cette invention a dopé les flux financiers qui ont pris l’ampleur signalée plus haut. Le rapport entre les opérations de couverture à celles occasionnées par la production et les échanges internationaux est de 28 à 1 en 2002. Une disproportion qui s’accuse régulièrement depuis une vingtaine d’années et qu’on n’avait jamais connu auparavant dans toute l’histoire du capitalisme. Mais la réduction des risques pour les opérateurs considérés individuellement se traduit par une augmentation du risque collectif. L’indicateur de la croissance de ce risque est donné par le gonflement incessant de la bulle financière, dont le volume a été multiplié par dix au cours de la décennie 1993-2003.
En dépit de ce risque grandissant, qui conduira probablement à une crise financière globale d’une ampleur non maîtrisable, les politiques économiques et sociales mises en œuvre par les États pour servir les objectifs de domination de la haute finance sont de nature à transférer le risque du capital au travail. Là encore les moyens sont connus : reconstitution d’une armée de réserve de chômeurs importante, précarisation des emplois, réduction des droits des travailleurs et de leurs avantages sociaux, substitution de méthodes d’indexation des retraites sur celui du produit des placements financiers (en lieu et place de la retraite par répartition). Ces moyens sont accompagnés par des politiques de construction d’une pseudo-solidarité entre les couches moyennes, le patronat en général et la haute finance. L’encouragement au placement de l’épargne sur le marché financier des actions et obligations privées vise à créer cette apparence de solidarité. Une «théorie» du capitalisme patrimonial – un capitalisme dont les «propriétaires» seraient un peu tout le monde – a été fabriquée pour donner crédibilité et légitimité apparentes au report du risque sur les «petits actionnaires» et sur les travailleurs.
Le système en question, pris dans son ensemble, se présente comme un colosse certes, mais aux pieds d’argile. Il s’effondrera à coup sûr. Mais comment ? Par l’effet de quelles causes majeures ? Au bénéfice de quelle alternative ?
L’effondrement financier – toujours inattendu quand il survient – ne constitue pas, à mon avis, la raison principale de non durabilité du système. Le système n’est pas viable pour d’autres raisons, de nature sociale et politique. Les politiques d’accompagnement que la domination de la haute finance exige entraînent une inégalité croissante indéfinie dans la répartition du revenu. Au delà des conséquences strictement économiques d’une évolution se poursuivant en permanence dans ce sens – à savoir l’installation du système dans l’atonie faute de demande solvable – un modèle de ce genre n'est pas tolérable socialement et ne le sera probablement pas politiquement. Au plan mondial le système entraîne une polarisation accentuée, la mise sous tutelle permanente des pays dits «émergents» du Sud (la Chine, l’Inde, l’Asie du Sud Est, l’Amérique latine) et la destruction (quasi génocide) des pays dits «marginalisés» (l’Afrique en particulier) dont les peuples sont devenus inutiles pour la poursuite de l’accumulation et dont seules les ressources naturelles (pétrole, minerais, bois, eau) intéressent le capital dominant. Il y a tout lieu de penser que les conflits sociaux et politiques internes, dans toutes les régions du monde Nord et Sud, et les conflits internationaux (Nord contre Sud) doivent conduire à mettre un terme à la domination de la haute finance en place.

*Samir Amin - economista egípcio, presidente do World Forum for Alternatives.
Publicado no Marianne 2, a 25 de Agosto de 2008


Économie de marché ou capitalisme des oligopoles? (2/4)

Les secrets d'une stratégie économique au service de la haute finance
Samir Amin*


Ce qu’on appelle «la financiarisation du système» n’est rien d’autre que l’expression de la nouvelle politique économique commandée par les intérêts de la haute finance. Nous devons la meilleure analyse de cette stratégie - car il s’agit d’une stratégie et non d’une «exigence objective» - de la haute finance à François Morin (Le Nouveau Mur de l’Argent, Seuil, 2006). J’en reprendrai donc les points essentiels de l’analyse.
Il s’agit d’un oligopole, constitué par une dizaine de grandes banques internationales (suivies par une vingtaine d’autres de moindre capacité), d’investisseurs institutionnels (fonds de pension et fonds de placements collectifs entre autre) gérés par des filiales ou des associés de ces banques, de compagnies d’assurances également largement associées et des groupes de firmes majeures. Cet oligopole financier est le patron actif principal des cinquante ou cent plus grands ensembles de firmes de la finance, de la production industrielle et de l’agro-business, du grand commerce et des transports majeurs.
L’oligopole n’est pas géré par les règles de la «compétition», mais par un mélange de concurrence et d’accords oligopolistiques - dit souvent «consensus» - lui même instable, dans le sens qu’un moment dominé par le consensus (comme le nôtre) pourrait être suivi d’un autre de concurrence féroce. Celle-ci prendrait alors la forme de conflits entre les États, car si chacune des unités qui composent l’oligopole opère sur le terrain transnational de l’économie mondiale, celles-ci demeurent nationales par l’appartenance de leurs directions majeures à la bourgeoisie d’un Etat particulier.
Le quasi monopole que le consensus en cours représente a permis à la haute finance de la triade (États Unis, Europe, Japon) de s’emparer du contrôle du marché financier mondialisé, de déposséder les Ministères des Finances et les Banques centrales dans leurs fonctions de centres qui déterminent par leur propre décision les taux de l’intérêt.
Dans la phase précédente du capitalisme (l’après guerre) les politiques d’Etat, par le canal des Banques centrales, s’étaient donné pour objectif le maintien de taux d’intérêt généralement négatifs en termes réels (inférieurs aux taux d’inflation). La décision d’investissement, libérée largement du poids de l’endettement financier, était commandée d’une autre manière par d’autres moyens : l’expansion du volume des activités et des productions d’une firme, l’autofinancement, l’accès aux prêts des banques, souvent publiques, les soutiens de l’Etat etc.
On dit aujourd’hui que ces moyens ne permettaient pas une «allocation optimale» des capitaux. On se garde de dire que le système qui l’a remplacé – le contrôle du marché financier par la haute finance – ne garantit pas davantage cette fameuse allocation optimale. Dans tous les cas ce concept est lui même un faux concept, déduit d’une doctrine (déguisée en théorie) concernant les propriétés attribuées «au marché généralisé». La théorie de ce marché généralisé est celle d’un capitalisme imaginaire substituée à celle du capitalisme réellement existant.

Des taux d'intérêt élevés au bénéfice de la haute finance
La stratégie de la haute finance dominante s’est donc fixé l’objectif - qu’elle a atteint - de fixer les taux d’intérêt à un niveau positif (réel) élevé. Le but est, à travers le contrôle du marché financier exercé par cet oligopole, d’opérer un prélèvement important sur le surplus (la plus value - en gros le PIB moins les salaires et autres rémunérations du travail) au bénéfice de la haute finance. Ce prélèvement ne garantit en rien l’allocation optimale des capitaux comme l’économie conventionnelle le prétend. De surcroît il ne garantit en rien la croissance économique maximale, mais tout au contraire est à l’origine en grande partie de l’atonie relative de l’économie productive. On sait que les taux de croissance d’aujourd’hui se situent à des niveaux qui ne dépassent guère la moitié de ce qu’ils ont été dans la phase précédente du Welfare State.
Les ambitions de la haute finance ne se limitent pas au contrôle de leurs marchés financiers nationaux ; celle-ci vise à établir sa domination à l’échelle mondiale. La «mondialisation» n’est rien d’autre que la stratégie de conquête déployée à cette fin. L’interpénétration entre les marchés financiers des partenaires de la triade, acquise par la suppression du contrôle des flux financiers et l’adhésion au principe des changes flottants, a été le produit de décisions traduisant la mise en œuvre du consensus des oligopoles de la haute finance de la triade. Par contre l’expansion des interventions de cette haute finance dans les pays du Sud a été imposée à des États plus ou moins réticents, entre autre par l’OMC et le FMI, instruments de l’impérialisme collectif de la triade. La dette, les promesses d’ouverture des marchés du Nord aux produits du Sud (des promesses rarement suivies d’effets), l’ouverture des comptes capitaux et la soumission aux pseudo-marchés des changes flottants ont été les moyens de cette conquête. Les interventions de la haute finance sur ces pseudo-marchés des changes ont pratiquement annihilé les moyens d’États nationaux et permis à la finance transnationale de déterminer les taux de change qui maximisent leurs prélèvements sur la production des pays du Sud.
Quelques données quantitatives que nous empruntons à l’ouvrage de François Morin précédemment cité, traduisent l’ampleur de cette domination de la nouvelle ploutocratie financière de la triade sur l’économie mondiale :

Les transactions sur biens et services (le PIB mondial) ne représente plus en 2002 que 3% des transactions monétaires et financières, les transactions concernant le commerce international à peine 2% des transactions sur le change, les règlements concernant les achats et ventes d’action et d’obligations sur les marchés organisés (des opérations qui sont considérées comme constitutives du marché des capitaux par excellence) que 3,4% des règlements monétaires ! Ce sont les transactions sur les produits de couverture - destinées à couvrir les opérateurs des risques - qui ont «littéralement explosé». Morin - à juste titre - appelle notre attention sur ce fait majeur. 

*Samir Amin - economista egípcio, presidente do World Forum for Alternatives.
Publicado no Marianne 2, a 18 de Agosto de 2008

Économie de marché ou capitalisme des oligopoles? (1/4)

Un capitalisme «au-delà du marché»
Samir Amin*

Capitalisme et économie de marché ne sont pas synonymes, comme voudrait le faire croire le discours politique dominant et les économistes conventionnels. Le caractère spécifique propre au capitalisme est celui d’un système fondé sur la propriété privée des moyens de production. Une propriété qui est par définition celle d’une minorité, privilégiée. Une propriété qui est celle d’équipements importants (autres que la propriété du sol) à la hauteur des technologies modernes de la production depuis deux siècles, à partir de la première révolution industrielle (début du XIXe siècle), et les suivantes. La majorité, non propriétaire, est alors contrainte de vendre sa force de travail : le capital emploie le travail, le travail ne dispose pas librement des moyens de production. Le contraste de classe bourgeoisie/prolétariat définit le capitalisme, le marché n’est que la forme de la gestion de son économie sociale.
Cette définition situe donc le propre du capitalisme non «dans le marché», mais «au-delà du marché», dans le «monopole» que représente la propriété privée. Pour Marx, et après lui Braudel et même Keynes (en partie), il s’agit là d’une évidence plate, dont l’idéologie dominante feint d’ignorer l’importance décisive, pour lui substituer celle du «marché».

La bourgeoisie, une classe fractionnée
La bourgeoisie en question a elle même évolué du cours du déploiement de l’histoire du capitalisme. Mais si cette classe a toujours exercé un pouvoir économique, social et politique collectif dominant à toutes les étapes de cette histoire moderne, permettant ainsi sa reproduction et son développement, elle a également toujours été fortement hiérarchisée. Il y a donc toujours eu des fractions de cette classe qui commandent les hauteurs dominantes du système économique. Ces fractions ont parfois été en mesure d’exercer un pouvoir de tutelle puissant sur l’ensemble de la classe, et dans ce cas ont prélevé sur le surproduit collectif produit par l’exploitation du travail une «rente de monopole» décisive. En apparence ce prélèvement est produit par le fonctionnement de mécanismes de marché. Mais il ne s’agit là que d’une apparence, le monopole social et politique étant lui, le moyen véritable par lequel opère cette ponction.
Dans certaines conditions la puissance de ce monopole a été réduite par l’intervention politique des couches capitalistes «moyennes» (et même «petites») et la recherche d’une alliance bourgeoise large, nécessitée entre autre pour faire face au défi des classes populaires. Dans ce cadre il est même arrivé que l’alliance exige un «compromis social capital/travail» moins défavorable aux travailleurs. Ce fut le cas du capitalisme du Welfare State de l’après seconde guerre mondiale. Il est donc toujours important de qualifier l’état des conflits sociaux et politiques propre à chacune des phases de l’histoire concrète du capitalisme réellement existant. Les caractéristiques propres à une phase donnée sont le produit complexe à la fois des transformations internes du système productif (technologies, degré de centralisation du capital, etc.) et de l’équilibre des forces sociales et politiques spécifique au moment considéré.

Les dominants régulent les marchés à leur profit
La strate dominante du capital doit être qualifiée de «grand capital financier». Non au sens qu’il s’agirait de capitalistes opérant dans le secteur financier du système (banques et autres), mais au sens qu’il s’agit de capitalistes ayant un accès privilégié aux capitaux nécessaires pour l’épanouissement de leurs activités, lesquelles peuvent concerner différents secteurs de l’économie (production industrielle, commercialisation, services financiers, recherche et développement). Cet accès privilégié leur donne un pouvoir particulier et puissant dans le façonnement des marchés, qu’ils régulent donc à leur profit. En particulier c’est ce groupe oligopolistique de la bourgeoisie qui, dans la phase actuelle, domine le marché financier (les taux d’intérêts) et, dans l’économie mondiale celui des taux de change. C’est elle qui commande les investissements décisifs dans les branches dominantes de l’économie, les investissements à l’étranger, le grand commerce international des produits de base, la recherche technologique de pointe, les fusions etc.
La puissance de cette strate est telle qu’elle entre en concurrence avec l'État, représentant collectif du capital et gestionnaire du bloc social hégémonique qui assure la valorisation et l’accumulation du capital. Un bloc qui dans certaines circonstances (celles du Welfare State) prenait en considération les exigences du compromis capital/travail en exercice.

L'État est domestiqué au service de la haute finance
Dans certaines circonstances donc l'État intervient pour limiter les pouvoirs de la haute finance. Il se donne les moyens de contrôler le marché financier, la Banque Centrale exerçant alors un pouvoir décisif dans la détermination des taux d’intérêts, de contrôler les relations extérieures par le contrôle des changes à des degrés divers etc. Il va parfois même plus loin, l'État imposant sa tutelle sur la recherche et les décisions concernant les investissements majeurs. Ces pratiques peuvent dépasser de loin les seules politiques de la dépense publique et de l’endettement public, et les politiques dites monétaires. Les combats de Keynes allaient exactement dans ce sens comme Dostaler l’a écrit .
Mais dans d’autres circonstances la haute finance parvient à domestiquer l'État et à le réduire au statut d’instrument à son service. Les thèmes de la privatisation à outrance, de la «dérégulation» des marchés (entendue comme l’abolition des interventions régulatrices de l'État, abandonnant à la haute finance le contrôle des marchés), du retrait de l'État sont alors orchestrés, organisés en un ensemble doctrinal et idéologique adéquat.
Nous sommes dans un moment de ce type. La raison de cette évolution ne réside pas pour l’essentiel dans la nature des transformations objectives des systèmes productifs, en rapport avec la concentration et la centralisation du capital, les révolutions technologiques en cours etc. Ces transformations sont réelles, et exercent leur pouvoir dans la modulation des formes d’exercice des pouvoirs de commandement de la haute finance. Mais à l’origine de ce véritable renversement des rapports de force, de la substitution directe de la haute finance à l'État, il y a pour l’essentiel des raisons politiques et sociales: l’érosion et l’épuisement des formes de régulation de la reproduction économique et sociale propres à l’après seconde guerre mondiale. Ces formes – le Welfare State en Occident développé, le socialisme réellement existant à l'Est, les populismes nationaux dans le tiers monde – avaient régenté à la fois les rapports sociaux à l’intérieur de chacun des trois groupes de sociétés concernées et les rapports internationaux. La page de cette phase de l’histoire est tournée. L’épuisement – voire l’effondrement – des systèmes de l’après guerre a inversé les rapports de force au bénéfice du capital, et la haute finance s’est trouvée de ce fait capable de s’emparer des postes de commande.

*Samir Amin - economista egípcio, presidente do World Forum for Alternatives.
Publicado no Marianne 2, a 11 de Agosto de 2008

quinta-feira, 27 de novembro de 2008

America's Hidden Hungry

Está a aumentar o número de americanos a recorrer aos auxílios alimentares. Os responsáveis por estes centros falam num crescimento anual de 20%. 
Reportagem de Nicole Colson, publicado no Socialist Worker, a 26 de Novembro de 2008.

WHEN ORGANIZERS with the Heart of Compassion food bank in Montebello, Calif., planned a food giveaway recently, they decided to keep it low key, advertising it at just a few churches and schools.

When the day of the giveaway arrived, however, they were stunned to find 500 people in line in Montebello Park before dawn, hours before the pantry would open. "By noon, thousands of people stood in the warm November sun," reported the Los Angeles Times. "Those in line hardly spoke, gazing into the park or holding on to restless children."

In all, nearly 5,000 people showed up seeking food that day--more than double the number expected.

Such stories are becoming increasingly common--though you wouldn't know it to judge from the mainstream media. There's plenty of coverage of the economic crisis, of course--but most of the focus is on the chaos on Wall Street and in the financial system.

Meanwhile, the crisis is taking root across the U.S.--and hitting working people hard.

The Freestore Foodbank in Cincinnati set a record this week, with 7,661 people standing in the rain and cold to receive emergency food boxes before Thanksgiving--an increase of 19 percent over the first day of last year's Thanksgiving food distribution, according to WLWT news.

In Albany, N.Y., one food bank saw the number of people seeking a meal through its breakfast program more than double over the past year.

The desperation is palpable as food pantries are increasingly stretched. Earlier this month, Debbie Santiago, pastor of the Salt and Sea Mission in New York City's Coney Island, cried as she had to turn away more than 80 hungry people--because the mission had run out of food, reported the New York Daily News.

When Anna, a victim of domestic violence and an immigrant with four young children, came to the mission hoping to get something for her kids to eat, she was turned away. "When we don't have food, what does Anna tell her kids?" Santiago asked the Daily News. "I can't bear this. I was praying for a surprise delivery, but it didn't come. I don't think people know what it is to be hungry."

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UNFORTUNATELY, SANTIAGO is wrong on this last point. A growing number of Americans do know what it is to be hungry--because they are part of the epidemic of hunger sweeping the richest nation on earth.

The media almost never talk about a hunger problem in the U.S. But according to "Household Food Security in the United States 2007," a report released this month by the U.S. Department of Agriculture (USDA), 11.1 percent of U.S. households--including 28.3 million adults and 12.4 million children, or one in every eight Americans--were "food insecure" during last year.

"Food insecure" is the term the USDA uses to describe households that struggled to provide enough food for all their members due to a lack of food or money.

About one-third of "food insecure" households--11.9 million adults and children--were designated as having "very low food security," meaning that normal eating patterns of some household members were disrupted, or they were forced to skip meals or eat less. Since 2000, the number of those with "very low food security" in the U.S. has risen by more than 40 percent.

The other two-thirds of "food insecure" households were able, according to the report, to "get by" using "a variety of coping strategies, such as eating less varied diets, participating in federal food and nutrition assistance programs, or obtaining emergency food from community food pantries or emergency kitchens."

Despite the fact that adults generally attempt to shield children from hunger--giving up their own meals so that kids don't have to eat less--the USDA report cites an alarming increase in child hunger across the U.S. According to the study, some 691,000 U.S. children went hungry sometime during 2007--50 percent more than the year before.

But even these numbers don't tell the whole story. A closer look at the USDA report shows that even more families are balancing perilously close to the edge of hunger.

For example, more than 15 percent of all households surveyed responded "yes" to the statement that "We worried whether our food would run out before we got money to buy more." And 12.4 percent of all households reported that at some point during the year "The food that we bought just didn't last and we didn't have money to get more."

The numbers were even worse for minority households and families headed by single mothers. More than 22 percent of Black households, more than 20 percent of Hispanic households, and more than 30 percent of families headed by single mothers experienced hunger in 2007.

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AND IF these are the statistics through the end of 2007, the hunger crisis is sure to be much worse now with a further downturn in the economy.

Across the country, food pantries are reporting a spike in the number of people seeking help. According to the Associated Press, "Calls to the Capital Area Food Bank's Hunger Lifeline, an emergency food referral system in Washington, D.C., increased 248 percent in the past six months, said spokeswoman Kasandra Gunter Robinson. And more than 90 percent of the 163 local pantries and soup kitchens responding to a recent survey from The Greater Boston Food Bank reported an increase in need; most in the 10 to 50 percent range."

The need is so great that many food banks can't keep up. According to the New York City Coalition Against Hunger, about 87 percent of the agencies reported feeding an increased number of people in recent months, and 55 percent said that demand had increased "greatly." Sixty-nine percent of agencies responding to a questionnaire said they couldn't meet the demand.

"As the economy continued to decline in 2008, low-income New Yorkers saw an increase in the price of food, a decrease in jobs and an increase in other expenses such as housing and heat," the coalition said. "Emergency food providers already struggling with the numbers of people requiring their services in 2007 were stretched to the limit in 2008 as they saw funding cuts on the city, state, and federal level."

Food banks are reporting an increase in the number of working families--even, in some cases, those with two incomes--and households the media would previously have described as middle class seeking help.

Spiking food prices at the grocery store are part of the reason, but increasingly, other factors such as spreading layoffs, the foreclosure crisis and the tanking stock market (which have a particular effect on retirees' pensions and 401(k) plans especially) have taken a toll.

For some families, the choice comes down to paying rent or a mortgage, or eating. That includes Betty Gillis, who until recently was herself a volunteer at a food bank.

A pharmacy technician from Whittier, Calif., Gillis had two jobs in order to support her disabled husband, mother-in-law, and college student daughter. But then, according to the Los Angeles Times, her hours were cut because there were no longer enough customers. Her bosses also started making her work weekends--which forced her to quit her second job. Now, she and her family are part of the growing ranks of those who scramble to make ends meet.

As Gillis stood in line this week for groceries at Montebello Park with thousands of others, she told the Los Angeles Times, "My daughter asked me the other day, 'Are we so poor that we have to stand in line for food?' And I said, 'Yeah.'"

As the Times commented:

The scene in Montebello reflected the crisis confronting local food banks struggling to keep up with demand that has surged more than 40 percent since last year, according to Los Angeles Regional Food Bank. New to food lines are middle-class families--including some that until recently earned $70,000 a year.

"We're used to seeing low-income people and seniors on a fixed income coming in. Now we're seeing more and more middle-class people coming in--people who just lost their job, are trying to pay their mortgage, or are tapping into their 401(k) because of the huge financial losses," said Darren Hoffman, a spokesman for the regional food bank.

As Vicki Escarra, president and CEO of Feeding America (formerly known as America's Second Harvest), the country's largest food bank network, explained:

It's important to note that the USDA numbers...are 2007 figures and do not take into account the unprecedented economic crisis that our country is currently facing. While the numbers reported are tragic, our network typically experiences trends as direct service providers before they are officially reported. We believe that this is just the beginning of a downward trend, and we expect things to get worse before they get better...

While emergency food assistance is vital to helping people who have to make tough choices between food and other basic necessities, it's often times barely enough to make ends meet. We see increases in the number of people in need at the end of the month when our clients have run out of food stamp benefits and spent their meager income on paying necessary bills.

Our food banks are calling us every day, telling us that demand for emergency food is higher than it has ever been in our history. They are serving a significant number of new clients--people who were once their donors, middle class workers who can no longer make ends meet, many of the half-million people who have lost their jobs in just the past two months as unemployment has climbed to 6.5 percent.

Cheryl Jackson, president of the Giving Movement, which runs Minnie's Food Pantry in Plano, Texas, told the Associated Press that the change is a frightening one.

When she opened, she thought she was going to be serving people with "Will Work for Food" signs. Instead, she said, "It's the corporate people. It's the employees that have been laid off. Those are the people who come in more emotionally disturbed than the others. They walk in thinking, 'I never thought I would need to do this.'"

And there's no reason anyone should. The government could take steps right now to ease the crisis--an expansion of unemployment benefits and an increase in the paltry amount that families receive in food stamps, to name just two.

More fundamentally, the scale of America's hidden hunger crisis should make everyone ask how it is that a government that can find billions of dollars each week to spend on the occupations of Iraq and Afghanistan and hundreds of billions more on a bailout for Wall Street can't afford to feed its own citizens.

terça-feira, 25 de novembro de 2008

Com a crise, lutas sociais tendem a se intensificar

Entrevista de Nilton Viana, no  Brasil de Fato | 24/11/2008


Para o jornalista e escritor português Miguel Urbano Rodrigues, os trabalhadores vão pagar a fatura da crise. Em contrapartida, segundo ele, os movimentos de massa, principalmente nos países da União Européia e nos Estados Unidos, tendem a ganhar força.
A única alternativa para o capitalismo senil, que ameaça conduzir a humanidade ao abismo, é o  socialismo. Essa é a convicção do jornalista e escritor português Miguel Urbano Rodrigues. Em entrevista exclusiva ao Brasil de Fato, Urbano fala sobre a grave crise desencadeada a partir do Império estadunidense, que já provoca efeitos perversos em todo o mundo. Ele vislumbra um futuro próximo de grandes sofrimentos para a humanidade, sofrimentos que, segundo Urbano, serão diferentes de continente para continente, de país para país, como diferentes serão as características da luta dos povos contra o sistema que continuará a impor-lhes a sua dominação. É categórico ao afirmar: os trabalhadores vão pagar a maior fatura dessa crise. Mas é otimista. Para ele, grandes movimentos de massa devem surgir, principalmente nos países da União Européia e nos Estados Unidos.

Brasil de Fato – O mundo inteiro vive um drama com a crise financeira desencadeada a partir do centro do império. Tem se dito que essa crise ainda está apenas começando e que ela tende a se agravar. Na sua avaliação, qual é a dimensão dessa crise? É apenas mais uma das tantas que o capitalismo já produziu? O neoliberalismo foi derrotado?

Miguel Urbano Rodrigues – Esta crise é estrutural, e não cíclica como as anteriores. Do sistema fi nanceiro, alastrou para a economia real, e dos Estados Unidos, passou à Europa e à Ásia Oriental. Ela tende a agravar-se muito. E o seu desfecho é por ora imprevisível. Uma certeza: o neoliberalismo, glorificado como a ideologia definitiva que assinalaria “o fim da História”, fracassou. Hayek [Friedrich August von Hayek] é enterrado e Keynes [John Maynard Keynes] ressuscita.

O senhor disse que se trata de uma crise estrutural. As medidas anunciadas até agora alteram a atual estrutura desse processo?

Por ser uma crise estrutural, e não apenas cíclica como as anteriores – confirmando previsões de autores marxistas como Istvan Meszaros e Georges Labica –, as medidas tomadas pelos governos do G-8, transformados em bombeiros do capital, são apenas paliativos. A recuperação das bolsas e do dólar geram a ilusão de que tudo vai voltar rapidamente à normalidade, entendida esta como um refl orescimento do capitalismo sob um novo figurino. Tal convicção é enganadora. A economia real nos EUA, no Japão e na União Européia vai continuar a afundar-se em proporções no momento imprevisíveis. Os despedimentos maciços em dezenas de gigantescas transnacionais, os apelos angustiados dos grandes da indústria automóvel e aeronáutica à ajuda estatal e o encerramento de milhares de empresas ligadas à construção e ao comércio funcionam como espelho da gravidade e complexidade de uma crise de muito longa duração.

O senhor acredita que os Estados Unidos, como potência imperialista, saem derrotados dessa crise ou se fortalecem ainda mais?

Os Estados Unidos, pólo hegemônico do sistema do capital, saem enfraquecidos. Mas enquanto o atual sistema monetário subsistir, com o dólar como moeda de referência mundial, os custos da crise serão distribuídos. Os Estados Unidos são o país mais endividado do mundo (a dívida já iguala o PIB do país). Mas o privilégio de emitir a moeda em que é faturado o petróleo – o produto-chave no comércio internacional – tem adiado um desfecho de bancarrota.
Um sistema midiático perverso e desinformador, dominado no fundamental por grandes transnacionais estadunidenses, ocultou, por exemplo, que grande parte do chamado “resgate” de 700 bilhões de dólares será pago por países da Ásia, nomeadamente a China e o Japão, principais compradores dos Títulos emitidos pelo Tesouro dos Estados Unidos. Somente a China possui cerca de 1.300 bilhão de dólares em reservas e bônus do Tesouro. Se os trocassem por outras moedas, os EUA iriam à falência. Mas a China também, porque a sua economia depende muito das exportações para os Estados Unidos.

Que avaliação o senhor faz das conseqüências desse cenário para a América Latina?

No momento, a maioria das previsões sobre as conseqüências da crise para a América Latina são no fundamental do domínio da especulação. Mas essas conseqüências serão certamente graves. Os Estados Unidos são o principal mercado para as exportações da América Latina, em alguns casos com mais de 50%. No plano político, a estratégia de Washington terá de ser revista. É previsível uma redução da agressividade contra a Venezuela bolivariana e contra o governo de Evo Morales (Bolívia). As manobras conspirativas persistirão, mas a nova administração utilizará outra linguagem.

Em todo o mundo, temos a impressão de que a classe trabalhadora está apenas assistindo a crise. O senhor compartilha da idéia de que vivemos um perído de descenso do movimento de massa e essa crise veio num momento muito ruim para os trabalhadores?

É minha convicção de que, pelo contrário, as lutas sociais tendem a intensifi car-se, sobretudo nos países da União Europeia e nos Estados Unidos, porque os trabalhadores vão pagar a fatura maior da crise. O movimento de massas ganha amplitude na Europa. Por exemplo, no dia 8 de novembro, 120 mil professores (80% da categoria profissional) desfi laram em Lisboa, Portugal, protestando contra a política educacional do governo reacionário de Sócrates.

Como em toda crise, há sempre saídas. As elites já estão tratando de encontrar suas saídas. Quais os rumos que a esquerda deve buscar?

A situação é dilemática porque  todas as saídas são, na aparência, más. A única alternativa para o capitalismo senil, que ameaça conduzir a humanidade ao abismo, é o socialismo. Mas o capitalismo não vai acabar em data próxima, e o socialismo é, por ora, aspiração distante. As tentativas orientadas para a humanização do capitalismo (como é o caso de governos como o Lula, no Brasil; os Kirchner, na Argentina; Tabaré, no Uruguai) são perversas, por enganarem o povo com a cumplicidade de forças e partidos progressistas. Vão fracassar. Grandes sofrimentos – essa é outra certeza – esperam a humanidade no futuro próximo. Sofrimentos que serão diferentes de continente para continente, de país para país, como diferentes serão as características da luta dos povos contra o sistema que continuará a impor-lhes a sua dominação.

Nesses períodos de crise, quem paga a conta são sempre os trabalhadores. Teremos novamente de pagar a conta? O senhor acredita ser possível unir os proletários do mundo e encontrar saídas ou as soluções tendem a ser isoladas?

A crise coloca os povos por ela atingidos, nomeadamente na Europa Ocidental, perante uma situação dilemática. A relação de forças, da Suécia à Itália, de Portugal à Grécia, não abre a possibilidade de que a crise atual desemboque em rupturas revolucionárias. Mas, simultaneamente, a transformação profunda das sociedades da União Européia, moldadas e oprimidas pelo capitalismo, não é possível pela via institucional, dita pacífi ca. A burguesia nunca  entrega o poder sem uma confrontação final com as forças do progresso. Sejamos realistas.
No caso português, fora do contexto de uma crise de proporções continentais, os partidos que representam o capital continuarão a vencer todas as eleições. A alternância no governo do PS e do PSD ilustra bem o controle que a classe dominante exerce sobre os mecanismos eleitorais da impropriamente chamada democracia representativa, que na prática funciona como ditadura da burguesia com máscara democrática. A crise do sistema financeiro mundial adquiriu as proporções de uma crise de civilização que atinge toda a humanidade. O seu desfecho é por ora imprevisível. A única certeza é a de que milhares de milhões de pessoas vão pagar a fatura da falência do capitalismo neoliberal e da ideologia a ele subjacente, enquanto os responsáveis pela crise pouco ou em nada serão afetados, no imediato, pelo naufrágio da monstruosa engrenagem por eles montada.

Em momentos como estes, o que fazer?

Lutar, lutar com energia redobrada. Não são apenas a falência do sistema fi nanceiro mundial, a recessão que alastra nos países do G-7, o encerramento de milhares de empresas em dezenas de países, que iluminam a gravidade e a fragilidade da crise estrutural do capitalismo. O sistema do capital dispõe de uma força enorme. Mas não pode mais funcionar de acordo com a sua lógica. Os EUA, pólo e motor do sistema, estão envolvidos em duas guerras perdidas no Oriente Médio e na Ásia Central. Na América Latina, desenvolvem-se processos de ruptura com a dominação imperial. Na Europa, anunciam-se num horizonte próximo grandes lutas inseparáveis das conseqüências da crise, que vai lançar milhões de trabalhadores no desemprego. No movimento da História, a maré da contestação ao sistema tende a subir. Da luta dos povos, da fusão do particular e do geral, do nacional e do universal, depende que essas lutas adquiram um carácter torrencial, assumindo com o tempo dimensão planetária numa atmosfera de internacionalismo dinamizado pelas organizações e partidos revolucionários.

Como jornalista, como o senhor tem acompanhado a cobertura da mídia sobre a crise?

O sistema midiático apresenta uma frente única na difusão da mentira, nas explicações falsas da crise e nos remédios propostos para resolvê-la, todos orientados para a preservação do capitalismo. No discurso de sociólogos, economistas, historiadores, ministros e parlamentares chamados à televisão para esclarecer a “massa ignorante” da população, o povo não aparece como personagem. Está ausente. Os porta-vozes e epígonos caseiros do grande capital, cúmplices do caos financeiro e social que alastra pelo mundo, desprezam os trabalhadores. O panorama social da crise não é iluminado pela mídia, porque isso seria perigoso para os senhores da finança.

Nos Estados Unidos, Obama acaba de ganhar as eleições presidenciais. Como o senhor analisa essa vitória e o que pode mudar com o novo presidente?

É positivo que o povo estadunidense tenha optado por Obama, um presidente negro, com um discurso muito diferente do de seu adversário republicano. Mas não participo da euforia gerada em nível mundial pela vitória de Barack Obama. É um grande orador e um político hábil e inteligente. Mas aparece-me também como o produto de uma gigantesca e milionária campanha de marketing eleitoral. Não esqueçamos que Obama foi o candidato da Finança, dos grandes grupos transnacionais.
As suas primeiras iniciativas não justificam o entusiasmo que por aí vai. Para chefe de gabinete na Casa Branca, designou já um falcão, sionista, ex-voluntário na guerra do Golfo, um belicista inflamado. Obama afirma pretender “ganhar” a guerra do Afeganistão, defende uma política agressiva contra o Irã, afirma que manterá o bloqueio a Cuba. O vice Joe Binden antecipou uma evidência ao afirmar que as primeiras medidas do futuro presidente serão “muito impopulares”. Alguns dos assessores são republicanos de direita e clintonianos conservadores. A designação de Madeleine Albright como sua representante na Conferência dos 20 (G-20) é inquietante. Temo que Obama seja uma grande decepção para a humanidade progressista.

Quem é Miguel Urbano Tavares Rodrigues é jornalista e escritor português. Redator e chefe de redação de jornais em Portugal antes de se exilar no Brasil, onde foi editorialista principal do jornal O Estado de S. Paulo e editor internacional da revista brasileira Visão. Regressado a Portugal, após a Revolução dos Cravos, foi chefe de redação do jornal do Partido Comunista Português (PCP) Avante!, e diretor de O Diário. Foi ainda assistente de História Contemporânea na Faculdade de Letras da Universidade de Lisboa, presidente da Assembléia Municipal de Moura, deputado da Assembléia da República pelo PCP entre 1990 e 1995 e deputado da Assembléias Parlamentares do Conselho da Europa e da União da Europa Ocidental, tendo sido membro da comissão política desta última. Tem colaborações publicadas em jornais e revistas de duas dezenas de países da América Latina e da Europa e é autor de mais de uma dezena de livros publicados em Portugal e no Brasil.

quinta-feira, 20 de novembro de 2008

A Política como Ficção

Entrevista a Christian Salmon, por Leneide Duarte-Plon, publicada no Trópico, a 17 de Novembro de 2008

Em "Storytelling", o escritor Christian Salmon demonstra como o marketing político adotou técnicas da narrativa e do cinema
As técnicas da narrativa, tal como utilizadas nos romances, nas novelas e nos filmes, invadiram o marketing político, transformando a vida pública numa extensa ficção. O Poder Executivo, os candidatos presidenciais e outras autoridades passaram a ter as suas vidas "formadas" pelos profissionais de comunicação, a fim de se obter um enredo emocionante, capaz de comover os cidadãos.
Essa é, em resumo, a tese do escritor Christian Salmon no provocativo "Storytelling", livro lançado na França pela editora La Découverte.
Um dos fundadores do Parlamento Internacional dos Escritores, Salmon examina detidamente e com muitos exemplos, como os marqueteiros produzem calculadamente verdadeiros dramas e cenas grandiloquentes para suscitar medo, produzir entusiasmo e guiar o comportamento das pessoas.
"No comando de um tele-estado que roteiriza a vida pública 24 horas por dia, o Poder Executivo se transforma em um poder de 'execução' e de 'realização” (no sentido cinematográfico) do roteiro presidencial, considerado como um encadeamento de decisões que são objeto de uma montagem permanente", diz o escritor.
A produção de uma bem elaborada e emocionante narrativa heróica teria tido, inclusive, papel fundamental na vitória de Barack Obama nos EUA.
"A narrativa de Obama contrasta com as histórias pré-fabricadas e estereotipadas de um Bush salvo do alcoolismo pela fé. Com Obama, temos uma verdadeira lenda, a de um homem da era da globalização. É a viagem do herói que torna sua vida exemplar: Havaí, Jacarta, Los Angeles, Chicago, Washington... Mas também uma viagem no tempo pontuado por referências a Abraham Lincoln ou a Martin Luther King, que o inscrevem na história americana", afirma Salmon, na entrevista a seguir.

Segundo seu livro, a "storytelling" foi adotada passou a ser adotada do marketing de produtos à comunicação política. Por que a política hoje se volta para a emoção mais do que para o intelecto ou a razão?
Christian Salmon: Apresentados sob a forma de um enredo fácil de compreender, as implicações da política mobilizam emoções como o medo, a solidão, a necessidade de proteção. Os cidadãos são jogados num universo narrativo (a cruzada contra o eixo do Mal etc.) e convidados a escolher os “bons” contra os “maus”.
Três semanas depois do 11 de Setembro, Charlotte Beers, diretora da agência de publicidade Ogilvy, foi nomeada sub-secretária de Estado para a “diplomacia pública”. Sua tarefa era vender a imagem e os valores dos Estados Unidos ao estrangeiro, como venderia uma marca. “Nós poderíamos eleger qualquer ator de Hollywood desde que ele tenha uma história para contar”, declarou James Carville em 2004. As aparições de George W. Bush durante seus dois mandatos foram realizadas por um ex-produtor de televisão.
No comando de um tele-estado que roteiriza a vida pública 24 horas por dia, o Poder Executivo se transforma em um poder de “execução” e de “realização” (no sentido cinematográfico) do roteiro presidencial, considerado como um encadeamento de decisões que são objeto de uma montagem permanente.
Um ano depois dos atentados de 11 de Setembro, George Bush fez um discurso destinado a preparar a opinião pública americana para a guerra contra o Iraque. Seu diretor de gabinete justificou a escolha da data dizendo: “De um ponto de vista de marketing, não se lançam dois produtos novos em agosto”.


No seu livro, o senhor pergunta: “Como a idéia de Roland Barthes, segundo a qual a narrativa é uma das grandes categorias do conhecimento que utilizamos para compreender e organizar o mundo, pôde se impor dessa forma na subcultura política, nos métodos de gerenciamento ou na publicidade?" Por que isto ocorreu?
Nos anos 60, a idéia de Roland Barthes deu origem a uma nova ciência da narrativa que Tzvetan Todorov chamou de "narratologia" e que se desenvolveu na França em torno de pesquisadores como Greimas e Genette e coincidiu com o que foi chamado nos Estados Unidos de “narrative turn”: historiadores, juristas, físicos, economistas e psicólogos redescobriram o poder que têm as histórias de reconstituir uma realidade.
A explosão da internet e os avanços das novas técnicas de informação e de comunicação trouxeram amplitude a esse movimento. Ele deu origem ao que se chama hoje de “storytelling management”, uma resposta à crise das grandes organizações burocráticas e hierarquizadas. O modelo fordista deu lugar a um novo modelo de empresa descentralizada e flexível, estruturada em redes, capazes de se adaptar a uma mudança permanente. Insuflar a ideologia da mudança a uma organização supõe agora que cada pessoa se envolva e se submeta a uma ficção comum, a da empresa, como a gente se deixa envolver por um romance.
Esses usos instrumentais da narrativa comportam riscos evidentes de manipulação transformando os assalariados em cobaias submetidas a protocolos de experimentação, o que os teóricos do geranciamento chamam de “experiências traçadas”.


Em menos de 15 anos, o marketing passou do produto ao logo, depois do logo à "story". Para as empresas, a evolução fez com que passassem a produzir marcas em vez de mercadorias. Agora, elas devem produzir histórias, em vez de marcas. O segredo do sucesso de uma marca está na história que ela comunica?
Da imagem de marca ("brand image"), que dominou o marketing dos anos 80, passou-se à história de marca ("brand story"), que se impôs a partir de 1995. Uma mudança que implica o aparecimento de um novo léxico, no qual a “audiência” substitui os consumidores e as “seqüências narrativas”, as campanhas publicitárias.
Formas literárias, como a balada, a epopéia, as metáforas e a ironia, têm uma influência crescente no marketing. Quando se tem um produto que é idêntico a outro, há diferentes modos de fazer-lhe concorrência. Seja -esta é a solução estúpida- baixando o preço, seja mudando o valor do produto, contando a sua história.
Calcula-se hoje que os consumidores nos países industrializados estejam expostos a três mil mensagens comerciais por dia. As marcas que querem “emergir” diante desse assalto publicitário devem imperativamente se distinguir. Diante da multiplicação de signos, os consumidores estão à procura de narrativas que permitam reconstituir universos coerentes. As marcas nos contam histórias que “batem” com nossas expectativas e nossas visões do mundo. Elas nos falam e nos cativam.
Quando são utilizadas na internet, elas nos transformam em “storytellers”, transportadores de narrativa, já que a fascinação que inspira uma boa história nos leva a repeti-la. Quando as marcas falam, afirma um teórico do marketing, os consumidores escutam atentamente. Quando as marcas agem, os consumidores as seguem. Então, são não apenas construção do marketing, são personagens na vida do consumidor.


O senhor escreve: “À realidade de uma concorrência cada vez mais feroz, o neogerenciamento opõe a ficção de que no trabalho em equipe moderno os empregados não são verdadeiramente em concorrência uns com os outros. A essa ficção soma-se outra, ainda mais importante, a saber que os operários e os patrões não são antagônicos. O patrão gera apenas um processo de grupo”. Isto seria um novo modelo de capitalismo e de controle?
O “storytelling management” é considerado hoje como uma ferramenta indispensável para os que decidem. Ele é aplicado por grandes empresas, como Apple, Starbucks, Nokia, Microsoft, Levi-Strauss, Coca-Cola, Motorola e Google. Popularizado pelo lobby muito eficaz dos gurus do gerenciamento, ele deve insuflar a ideologia da mudança às organizações em reestruturação permanente.
A partir do fim dos anos 80, os autores em gerenciamento entoam o hino à mudança e à flexibilidade, o que vai se traduzir por uma aposta cada vez maior de propostas visando à mobilização emocional. Nesse contexto, o "storytelling" vai aparecer como uma forma de comunicação própria a mobilizar emoções, guiar comportamentos, “produzir sentido”.
No livro “Vigiar e Punir”, Michel Foucault mencionava a constituição de um “poder de escrita” como uma peça essencial no encadeamento da disciplina militar, sanitária, escolar etc. Pode-se ver no triunfo do "storytelling" o nascimento de um “poder de narrativa” capaz de assegurar o controle de indivíduos, uma “máquina de contar” e formatar bem mais eficaz que todas as imagens orwelianas da sociedade totalitária.
O assunto dessa nova ordem narrativa não é nem o consumidor alienado nem o trabalhador explorado, nem mesmo o cidadão doutrinado, mas um indivíduo enfeitiçado, imerso num universo, preso a uma rede narrativa que filtra as percepções, estimula os efeitos e conduz as condutas.


No seu livro, pode-se ler: “Depois da derrota democrática de 2004, James Carville, um dos 'spin doctors' artesãos da vitória de Bill Clinton em 1992 declarou: 'Acho que poderíamos eleger qualquer ator de Hollywood desde que ele tenha uma história para contar; uma história que diga às pessoas o que é o país e como ele o vê'". O senhor acha que Barack Obama estás bem posicionado para dizer às pessoas o que é a América?
A narrativa de Obama contrasta com as histórias pré-fabricadas e estereotipadas de um Bush salvo do alcoolismo pela fé. Ele é rico em contrastes e contradições. É a narrativa de um homem dos bairros pobres e das maiores universidades americanas.
O Quênia e o Kansas, o Senado e os bairros do sul de Chicago, o educador social e o professor universitário, o pragmático e o idealista, o homem da negociação e o guardião dos princípios (sobre o Iraque e a tortura) é um espelho com facetas no qual cada um pode se reconhecer. “Obama é permanentemente engajado numa conversa interior entre as diferentes peças do seu ego híbrido. E ele divide com os outros essa conversa”, comenta o editorialista David Brooks.
Com Obama, temos uma verdadeira lenda, a de um homem da era da globalização. É a viagem do herói que torna sua vida exemplar: Havaí, Jacarta, Los Angeles, Chicago, Washington... Mas também uma viagem no tempo pontuado por referências a Abraham Lincoln ou a Martin Luther King, que o inscrevem na história americana.
Essas referências conseguem fazer de Obama, criticado por seus rivais por sua inexperiência, um presidente “histórico”. Qualquer que seja a política que possa inspirar Obama, seja você republicano ou democrata, branco ou negro, homem ou mulher, você elegeu o primeiro presidente negro americano, você escreveu uma página nova na história dos Estados Unidos... Você se tornou o próprio narrador dessa história.


Alguém disse que os democratas perdiam as eleições porque recitavam a litania “eu defendo um salário mínimo, um bom sistema escolar”, enquanto os republicanos têm uma narrativa: “Eu era alcoólatra e fui salvo pelo poder de Jesus; eu fui salvo pelo 11 de Setembro e vou proteger vocês dos terroristas de 
Não, justamente. A "storytelling" não consiste apenas em contar uma história. É um dispositivo que integra ao menos quatro funções: 1) Contar uma história capaz de constituir a identidade narrativa do candidato ("storytelling"); 2) Inscrever a história no tempo da campanha, gerar os ritmos, a tensão narrativa ao longo de toda a campanha ("timing"); 3) Enquadrar a mensagem ideológica do candidato ("framing"), isto é, enquadrar o debate, como preconiza o linguista Georges Lakoff, impondo um “registro de linguagem coerente” e “criando metáforas”; 4) Criar a rede na internet e na vida real, isto é, um ambiente híbrido e contagiante, suscetível de captar a atenção e de estruturar a audiência do candidato ("networking").
O candidato presidencial é um homem-narrativa e um “performer”. Mas isso não é o suficiente. Veja a lenda de McCain, o herói de guerra, que se desfez nos últimos dias da campanha. O que faltava a McCain era o domínio sobre o tempo, um enquadramento coerente de sua mensagem e, sobretudo, uma rede capaz de difundir suas histórias.
Nesses três pontos a superioridade da campanha de Obama foi esmagadora. McCain multiplicou os “erros” de "timing", suspendendo por duas vezes a campanha e, depois, no dia 7 de outubro, se esforçando para desviar a atenção dos eleitores, lançando ataques difamatórios contra seu rival. Dilacerado entre a imagem do “maverick” moderado em questões de moral e a escolha da ultraconservadora Sarah Palin como vice, ele se contradisse, seu programa se esfumaçou, fazendo-o aparecer como um candidato à procura de uma definição.
A crise financeira que estourou ajudou enormemente o candidato democrata, fornecendo um horizonte de espera por um tipo de intervencionismo regulador e por uma política fiscal mais favorável às classes médias... Desde as primárias de Iowa, Obama conseguiu muito bem inscrever sua história pessoal no tempo da campanha, transformando a competição com Hillary Clinton em uma viagem do herói ao encontro da América. A convenção de Denver foi o teatro desse encontro, um teatro de terceiro tipo, que se dirigia simultaneamente a três audiências diferentes: o comício, a televisão e a internet.
Graças a um hábil cenário simulando a fachada da Casa Branca, os cenógrafos do evento conseguiram fazer uma fusão das performances de natureza diferente: o happening político e a série de TV. Woodstock e "West Wing". Barak Obama encarnava ali a função e a ficção presidencial. O blogueiro Andrew Sullivan fez um elogio de seu domínio da política na era de Facebook ("Facebook politics"). Roger Cohen comparava no “The New York Times” o fortalecimento da campanha de Obama ao sucesso clássico das “start-up" da internet.
Na internet, a campanha de Obama suscitou uma participação maciça, que se constituiu pouco a pouco em um espaço de contágio para as mensagens e as histórias do candidato. Depois da era do rádio com Roosevelt, da era da televisão com Kennedy, Obama será o primeiro presidente da era da internet.


Segundo James Carville e Paul Begala, “Ronald Reagan foi o maior narrador da história política dos últimos 50 anos, mesmo que a maioria das histórias que ele contava fossem falsas”. Pode-se dizer que as histórias de Bush eram mais verdadeiras?
Num artigo do “New York Times” publicado alguns dias antes da eleição presidencial de 2004, Ron Suskind revelou os termos de uma conversa que ele teve, no verão de 2002, com um conselheiro de Bush: “Ele me disse que pessoas como eu faziam parte desses tipos 'que pertencem ao que chamamos de comunidade realidade': 'Vocês crêem que as soluções emergem de sua fina análise da realidade observável. Não é mais assim que o mundo caminha realmente. Nós somos o império e agora, quando agimos, criamos nossa própria realidade. E, enquanto vocês estudam essa realidade como desejam, nós agimos e criamos outras realidades novas, que vocês podem estudar igualmente -e é assim que as coisas se passam. Nós somos os atores da história. E a todos vocês só resta estudar o que fazemos”.
Mesmo um editorialista conservador como William Safire, que sempre apoiou a política de George Bush, afirmou em setembro de 2005: “Nunca o direito fundamental dos americanos de conhecer e de criticar, graças a uma imprensa livre, os trabalhos de nosso governo, tinha sido tão questionado”.
O melhor exemplo foi a encenação em 1° de maio de 2003 do discurso de Bush no porta-aviões Abraham Lincoln, diante de uma bandeira com a inscrição: “Missão cumprida”. A direção era assinada por Scott Sforza, um ex-produtor do canal ABC. O presidente desceu no porta-aviões a bordo de um avião de caça, no qual podia-se ler “George Bush, comandante-chefe”. Vestido com uniforme de aviador, ele desceu do "cockpit", com o capacete na mão, como se voltasse de uma missão de uma refilmagem do filme “Top Gun”.
“Foi fantástico como teatro”, declarou o comentarista da Fox News. David Broder, do “Washington Post”, ficou fascinado pelo que chamou a “postura física” do presidente. Sforza tinha enquadrado a cena cuidadosamente, a fim de que no horizonte não se percebesse San Diego, situada a 40 milhas apenas, enquanto o porta-aviões deveria dar a impressão de se encontrar em pleno mar, na zona de combates.


Evan Cornog, professor de jornalismo da Universidade de Columbia escreveu: “É a batalha das histórias e não o debate de idéias que determina como os americanos vão reagir a uma competição presidencial”. O senhor diz que as últimas eleições francesas introduziram o "storytelling" na França. Quais as narrativas de Nicolas Sarkozy, eleito presidente, e de Ségolène Royal, a ex-candidata socialista?
Ségolène et Nicolas são candidatos edipianos. Eles se beneficiaram ainda jovens da proteção do pai (Mitterrand e Chirac, respectivamente), cresceram no ambiente desses pais e tiveram sua proteção e se viram em condições de reivindicar o poder. Eles o fizeram e mostraram sem complexos nem tabu essa ambição: duas figuras edipianas que romperam com o pai, mas também com a imagem do “pai da Nação”, familiar aos franceses, desde De Gaulle e mesmo Pétain.
Da mesma forma que os “spin doctors” republicanos tinham construído a campanha vitoriosa de George W. Bush em 2000 a partir de sua história pessoal e de sua luta vitoriosa contra o álcool, Nicolas Sarkozy adaptou os temas do sofrimento e da redenção para elaborar sua versão francesa do conservadorismo pleno de compaixão. Eles se dirigem aos indivíduos como a uma “audiência”. Evitando o adversário, contornando os partidos, substituíram o debate pelas emoções e pelos desejos. Inauguraram uma nova era da democracia, que se poderia qualificar de “pós-política”.
Os homens políticos e a mídia, os jornalistas e os experts mudaram bruscamente a maneira de expressar, começaram a contar histórias. A imprensa tomou de assalto a "story" dos candidatos, opondo uma mulher que havia derrotado o poder patriarcal dos “elefantes” do Partido Socialista a um Sarkozy, filho rebelde que encenava há dez anos sua ruptura com o pai-presidente. Em julho de 2007, Henri Guaino, o “ghost writer” de Sarkozy fez uma confissão perturbadora ao jornal "Le Monde": “Não se transforma um país sem ser capaz de escrever e contar uma história”.


Entre Nicolas Sarkozy e Ségolène Royal o senhor descreve uma ausência de “debate de idéias” e uma rivalidade mimética. Qual a relação com o "storytelling"?
Uma rivalidade “mimética” (um conceito de René Girard) é um conflito de narrativas entre dois desejos, duas ambições, dois sintomas narrados pela imprensa. Durante essa eleição presidencial na França, em vez de convicções, foram “valores” que se afrontaram, em vez de competências, compaixão, empatia. O que estava em jogo se concentrou em torno das vítimas: os acidentados da vida, as mulheres que apanham, os sem-teto, os deficientes físicos, pessoas com forte ressonância emocional.
O debate do segundo turno forneceu o cenário. Programa contra programa era o que os dois lados tinham previsto. Foi compaixão contra compaixão, uma luta sem tréguas pelo monopólio do coração. A escolarização dos deficientes deu a oportunidade, não que esse grupo social seja majoritário no país ou que ele detenha a chave da eleição, mas ele possui forte valor emocional. O registro das vítimas toma o lugar dos estudos de sociologia eleitoral. Política da miséria, miséria da política.


Os franceses vêem Sarkozy como se ele estivesse em permanente campanha eleitoral. Sua onipresença faz parte de sua narrativa?
Enquanto o campo da política encolhe e os centros de poder tradicionais se afastam para outros lugares, Bruxelas, Washington ou Wall Street, a vida pessoal do presidente aumenta de importância e a mídia trata de divulgar, comentar, criticar. Todos os editorialistas, cronistas, analistas políticos, sociólogos e pesquisadores se dedicam a essa paixão bem francesa: comentar os fatos e gestos de Nicolas Sarkozy. A tal ponto que se poderia dizer que em maio do ano passado a França não elegeu um presidente, mas um assunto para todas as conversas.


O senhor escreve que “Ronald Reagan chegou à Casa Branca com a determinação de controlar a imprensa". Sarkozy quer a mesma coisa?
Ele aplica ao pé da letra as técnicas de controle da mídia que o birô de Informação da Casa Branca aperfeiçoou desde Nixon e o caso Watergate até Bill Clinton e Georges Bush. Dick Cheney, o atual vice-presidente, que foi um dos teóricos desse birô, diz, sem problemas: “Para ter uma presidência eficaz, a Casa Branca deve controlar a agenda. Se vocês deixam a imprensa solta, eles tomam a Presidência de assalto”.
Nesse sentido, em Washington, eles fixam o “line of the day”, que se tornará nos anos 90 a “história do dia”. Ela é divulgada junto aos diferentes ramos do Executivo e da imprensa credenciada na Casa Branca, mas também através de mensagens televisadas dirigidas diretamente ao público. “Focus group” (definir o ponto essencial) e sondagens regulares são utilizados para elaborar as mensagens presidenciais. “Pequenas frases” ("sound bites") são inseridas nos discursos. As aparições públicas são encenadas para reforçar a imagem filmada.
Seja em período eleitoral ou não, a política toma a forma de um festival de narração de histórias, o qual a imprensa representa ao mesmo tempo o ator, o coro e o público. Ela retoma e interpreta a "story" do dia, utiliza as que são interpretadas pelos outros “spin doctors” políticos (majoritários ou opositores, levados de roldão na história) e satisfaz (às vezes) o apetite do público com novas narrativas.
O candidato-herói que ganha é aquele cujas histórias entram em conexão com o maior número de eleitores. Como? Propondo não uma argumentação e programas, mas personagens e narrativas, a mise en scène da democracia, em vez de seu exercício.


Quando o senhor afirma que Sarkozy e Ségolène Royal inauguraram uma era nova na democracia, que se pode qualificar de pós-política, o que quer dizer com isso?
O sociólogo americano Richard Sennett tinha antecipado nos anos 70 o que ele chamava de “a queda do homem público”, pressentindo a chegada de uma forma profana de carisma que se enraizaria não mais na história coletiva, mas na biografia e nas qualidades pessoais do líder político: “Ele pode ser gentil, simples, caloroso ou ainda bonachão e sofisticado. Mas ele cegará e dominará as pessoas do mesmo jeito que um indivíduo demoníaco, se conseguir convencê-las a se interessar por seus gostos pessoais, as roupas de sua esposa, o amor que ele tem pelos cães etc”.
Da mesma maneira que os “spin doctors” republicanos tinham construído a campanha vitoriosa de George W. Bush em 2000 a partir de sua história pessoal de luta vitoriosa contra o álcool, Nicolas Sarkozy adaptou os temas do sofrimento e da redenção para elaborar sua versão francesa do conservadorismo empático. Seria o aparecimento de uma “razão sentimental”, no lugar da velha “razão cínica”, como anunciou Jean Baudrillard, em 1995, num artigo intitulado “Às Lágrimas, Cidadãos!” (Aux Larmes, Citoyens)? Ou não é antes uma forma nova da “realpolitik” na era da internet e das novas mídias, uma “realpolitik das emoções”, que leva os homens políticos a fazerem um uso estratégico de suas vidas privadas, de seus corpos e de suas emoções.
A exploração da credulidade pública por Sarkozy conduz a um descrédito sem precedentes dos discursos políticos. O que explica que ele possa ao mesmo tempo captar atenção e decepcionar a expectativa criada, suscitar o interesse e um certo desânimo, aparecer não mais como o soberano mas como “o lacaio Mati” de seus desejos tirânicos.
Muito mais que “hiperpresidente”, ele é um “serial president” ocupado em sincronizar o íntimo e o horário nobre. Não aquele que conta uma história sobre a nação, como queria Henri Guaino, o conselheiro do presidente, mas o “'storyteller' de si mesmo”, que faz ao país o dom de sua pessoa. Reconheçamos que ele não é o único.